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20/11/10

[Dossier] Bakuman : Du manga à l'anime

Bakuman

     Bakuman est le nouveau manga à succès en France et au Japon, tout droit venu du célèbre Weekly Shônen Jump. Pourquoi est-il si populaire ? Décryptage.

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Les deux héros, Mashiro (le dessinateur) et Takagi (le scénariste).

 Pour commencer, il faut savoir que Bakuman est un peu un succès programmé. D’un côté, un duo d’auteurs qui à la côte, Ohba et Obata qui ont signés le best-seller Death Note, véritable succès mondial, et de l’autre, on a une histoire qui surfe sur la tendance du moment : les mangas sur le monde des mangas, sur les mangakas. Car oui, pour nous français, ce genre de manga est assez inédit (il y a tout de même l’Apprenti Mangaka d’Akira Toriyama étant déjà sorti avant), mais il y en a au moins une dizaine sur le sujet au Japon (et encore, je suis gentil). Mais Bakuman se détache de la masse puisque c’est le seul qui parle du Weekly Shônen Jump (WSJ), logique en même temps, il est publié dedans.

 Bref, quelle est l’histoire de ce manga ? Et bien c’est très simple, c’est l’histoire de Mashiro "Saiko" Moritaka, le neveu d’un mangaka décédé qui n’arrivait plus à percer en fin de vie et qui est mort de surmenage. Le jeune collégien va être amené à devenir mangaka lui aussi avec l’aide de son camarade Takagi "Shujin" Akito tout ça à cause d’un cahier oublié en cours dans lequel il avait dessiné celle qu’il aime depuis la primaire, Azuki Miho. D’ailleurs, il va être amené, le soir même, à lui avouer à son amour et il vont alors faire une promesse soit disant romantique et pure : ne pas se voir jusqu’à ce qu’ils réussissent leurs rêves (avoir un manga dessiné par Mashiro qui soit adapté en anime et dont l’héroïne serait doublée par Azuki), et à ce moment là, ils se marieront, alors qu’au final, ils se connaîtront à peine, mais c’est pas grave, puisqu’on vous dit que c’est pur et romantique. On va donc suivre l’incroyable ascension de Mashiro et Takagi dans le monde du manga et du WSJ.

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Un exemple de couverture du manga, en version Japonaise. La version française est assez proche. Sur cette image, on voit Azuki en train de doubler.

 Vous l’aurez compris, l’intérêt du manga n’est pas vraiment son histoire romantique gnangnan, cul-cul, guimauve, où l’on vous rabat les oreilles à coups d’amour pur, de romantisme etc. Ohba ne savait déjà pas écrire les personnages féminins dans Death Note (où les femmes sont des gros outils entre les mains des protagonistes principaux et où Misa Misa sert juste de potiche fan service), et bien là, ça ne s’arrange pas vraiment, et pourtant elles ont bien plus d’importance. En fait c’est bien simple, n’importe quel personnage féminin dans ce manga est l’amoureuse ou l’objet des désirs d’un autre... Si il n’y a pas d’amour, il n’y a pas de personnages féminins dans Bakuman, c’est aussi simple que ça. Et malheureusement comme d’habitude, les personnages féminins sont toujours inférieures, faibles et serviles (en fait, surtout Miyoshi, les autres ont déjà un peu plus de caractère, ouf). On pourra rajouter à ça le fait qu’Obata leur donne à toute le même modèle de visage de poupée mignonne "kawaï".

 Assez parlé de ça, intéressons nous plutôt à ce qui rend Bakuman si populaire... Et bien c’est sûrement son côté "How to make a manga" assez développé. Imaginez un peu l’aubaine pour nous lecteurs français, tout le processus de création d’un manga est décortiqué dans cette série, sans que ça soit pour autant lourd car les explications sont toujours bien intégrées (c’était d’ailleurs déjà le cas dans Death Note). On découvre aussi les coulisses du monde de l’édition, avec de nombreux détails sur le quotidien de la rédaction du WSJ qui dévoile de nombreux secrets. Alors, certes, comme c’est un manga paraissant dans ce magazine, le magazine de prépublication est un peu encensé dedans (par exemple : les héros n’admettent jamais l’idée d’aller dessiner autre part, au pire il l’a suggère, mais c’est vraiment temporaire, le WSJ est considéré ici comme le sacré Graal), mais on a, fort heureusement, le droit à quelques critiques qui permettent de relativiser un peu et de rendre ça un peu plus crédible.

 Le manga en général est lui aussi vu d’une certaine façon dans Bakuman, dans ce manga, ce qu’il faut ce n’est pas une œuvre solide, de qualité, qui va jusqu’au bout de son art, mais plutôt une œuvre populaire, qui se vend, construit autour d’une idée de base qui forme le filon sur lequel on tire jusqu’à plus soif. C’est donc une vision assez spéciale, qui s’explique peut-être pour le bon fonctionnement de l’intrigue, mais on ne peut s’empêcher de rester dubitatif... Il y a tout de même un personnage qui apparaît dans les derniers volumes pour faire ressortir le côté artistique des mangas (même si c’est juste un perso à gag).

 La partie vraiment "didacticiel" du manga s’étend environ sur les 5 premiers volumes et les rend indubitablement passionnant, et alors qu’on pourrait croire que le manga s’essoufflerait après ça, et bien pas tant que ça, Ohba arrive à créer régulièrement de nouvelles intrigues, de nouveaux petits arcs, qui relancent l’intérêt du manga et qui se révèlent passionnants à suivre, grâce à une narration toujours très efficace de la part des deux auteurs, qui arrivent à rendre agréable la lecture de 18 tartines de textes par planches (et pour ceux qui trouvent que ça fait beaucoup, allez lire certaines pages de Tintin et on en reparle) et à garder toujours un bon suspense.

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Takagi et Mashiro dans leur atelier. C'est la seule image issue du manga (hors pages couleurs) de ce dossier, profitez.

 Ce qui rend aussi Bakuman si efficace, ce sont ses personnages forts, haut en couleurs... Car si les personnages féminins sont nuls, certains personnages masculins, au contraire, sont géniaux. Vous vous souvenez des ultra charismatique L et Light dans Death Note ? Et bien ils trouvent leur relais avec des personnages comme Niizuma Eiji (sa place de 1er au concours de popularité des personnages n’est pas un hasard), Fukuda, Hattori ou le burlesque Hiramaru. Eiji est un de ces personnages bizarres dont seul le duo Obha/Obata à le secret : dégaine bizarre, habillé d’un vieux pyjama, gestuelle étrange et pourtant attachant (enfin surtout par la suite, à sa première apparition il fait juste flipper), c’est vraiment le meilleur perso du manga et il se révèle être un excellent rival pour notre duo de héros. Fukuda est, lui aussi, un personnage bien pensé, très charismatique, grande gueule et rebelle, il a de nombreux grands moments. Hattori, lui, est un perso avec une gueule improbable (gros nez, grosses oreilles, yeux de poisson et lèvres épaisses) qui se révèle être pourtant un incroyable senseï pour nos héros, avec une sagesse et des conseils toujours bien avisés et qui font augmenter efficacement le potentiel de nos héros. C’est un peu le maître d’art martiaux de ce manga. Enfin, je cite aussi Hiramaru car ce perso a le droit à des gags absolument géniaux et tordants régulièrement, je me devais donc de le citer ici. C’est d’ailleurs l’un des personnage favori des lecteurs japonais.

 Le "maître d’art martiaux" Hattori n’est pas la seule ficelle tirée des shônen de baston qu’emprunte Bakuman. Ce qui est intéressant dans ce manga c’est qu’on en retrouve plusieurs qui sont parfaitement adaptées, comme si les personnages se battaient avec mangas plutôt qu’avec les poings. On retrouve donc du nekketsu au meilleur de sa forme : amitié exacerbé, dépassement de soi, rivalité mais aussi les entraînements éclairs et surtout... Les techniques spéciales ! Non, non, vous ne rêvez pas, les personnages de ce manga arrive à dégainer des sortes de techniques spéciales, ce qui est assez jouissif par moment.

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Eiji Niizuma, le perso le plus populaire du manga avec Mashiro (le héros) et... Hiramaru, le personnage comique !

 Parlons à présent du dessin, qui évolue tout au long du manga. Dessiné par Obata, on se retrouve au début avec un style assez "Death Note", réaliste et avec des décors très fouillé qui cède peu à peu à un style plus shônen, plus "pop", avec plus d’angles, de stylisation, de déformation et de SD, ce qui n’est pas forcément pour me déplaire, surtout que cela rend les personnages plus sympathique (suffit de comparer Niizuma au début et vers le tome 10...) même si on perd quand même en contrepartie niveau décor (dans certains tomes, c’est le festival du fond blanc, c’est sur que ça dénote avec les supers arrière plan du volume 1) et c’est tout de même moins magnifique, même si on a parfois de très belles cases et de superbes illustrations couleurs.

 Au final, le manga Bakuman est un excellent manga nekketsu, qui change des mangas baston, qui prend du temps à être lu (Ohba oblige) et qui se révèle passionnant de par son intérêt didactique, ses personnages forts, sa narration exemplaire et les dessins d’Obata... Qualités qui gomment facilement les défauts de ce manga d’exception, incroyable relique pour tous ceux qui s’intéresse de près ou de loin au monde de l’édition et de la prépublication japonais.

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Une couverture assez récente du WSJ avec Bakuman en couverture.

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La couverture du prochain volume à sortir, avec le génial Fukuda en couverture !

 Quant est-il désormais de la version française ? En effet, Bakuman est édité en France chez Kana, 4 volumes parus qui coûtent chacun 6,25 € (enfin, bientôt 6,95 € avec l’augmentation des prix Kana qui va arriver dans les prochaines semaines), depuis début Juillet 2010 (soit pour la Japan Expo). Annoncé comme le blockbuster de l’année avec Black Butler (lui aussi chez Kana) à l’image de Soul Eater en 2009 ou de Fairy Tail en 2008, il a bénéficié d’une bonne campagne de promotion (surtout grâce au célèbre slogan : "Par les auteurs de Death Note") et devrait permettre de combler les pertes des nombreuses séries Kana de l’ombre (vu que Kana est passé maître de la promotion zéro pour des séries comme Muhyo et Rôji (sérieusement, vous connaissez cette série qui vient pourtant du Jump ?), Neuro, Monju et j’en passe et des meilleurs...).

 En soit l’édition est dans les standards Kana, on a le droit au onomatopées sous-titrés qui alourdissent (inutilement) la page, et a une adaptation globalement satisfaisante. Globalement, car on se demande encore pourquoi ils utilisent le terme japonais "nemus" et pas le mot "Story-board" (alors que ce dernier est couramment usité en occident et correspond à la même chose), et pourquoi ils ne veulent pas utiliser le terme "one-shot" (du coup, on a le droit à chaque fois à "histoire complète", "histoire courte")...

 Un mot aussi au niveau des bonus qui sont carrément absents des deux premiers volumes (si ce n’est une promotion des œuvres des deux auteurs et les bonus de l’édition japonaise, c’est à dire les "nemus" originaux) alors qu’il y a pleins de choses qui pouvaient être expliquer au néophyte, comme ce qu’est le Weekly Shônen Jump, ces séries phares... chose qui n’arrive que dans le volume 4, bien trop tard ! Surtout que Kana ne présente que les séries qu’ils éditent, donc oui, on a le droit à une présentation du Jump sans parler de One Piece ou Dragon Ball, il fallait oser. D’une manière générale, les œuvres édités chez les maisons d’éditions concurrentes sont traités comme les œuvres parues uniquement au Japon, c’est à dire juste le nom japonais plus ou moins traduit... Quand on compare ça avec les bonus du manga Genshiken édité chez Kurokawa ou on avait le droit à un complément de 30 pages pour expliciter toutes les références et où l’éditeur n’hésiter pas à préciser les éditions françaises des œuvres auquel le manga se référençait... Il y a donc là un faussé à combler... Mais sinon c’est une édition correcte, qui satisfera pleinement ceux qui ont déjà acquis préalablement les connaissances sur le WSJ.

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Et revoilà Eiji Niizuma, en couverture du 3e volume.

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Voilà un aperçu des characters designs de l'anime, fidèles, il faut l'avouer.

 Passons désormais à l’anime. Car oui, Bakuman est également un anime, et oui, alors que les héros espèrent encore à l’heure actuelle avoir un jour une adaptation d’une de leur séries en anime, Ohba et Obata ont déjà pu avoir le plaisir de voir Mashiro et Takagi s’animer.

 Réalisé par le studio J.C. Staff qui n'est clairement pas le plus grand studio d'animation du Japon, le parti pris de l’anime a été de rester le plus fidèle possible au manga. Ne vous attendez donc à de gros changement... Sauf un, qui lui est assez énorme. On découvre cette mauvaise blague dans l’épisode 6... Dans l’anime Bakuman, il n’y a point de Weekly Shônen Jump... Il y a le Weekly Shônen Jack ! Oui. Ils ont osé.

 Donc à part ça, comme dit ci-dessus, ça reste très fidèle, on retrouve même les plans marquants du manga, pour dire ! L’histoire est bien respectée, et les scènes rajoutées (pour que l’épisode tienne bien la durée voulue) s’intègrent bien. On appréciera en plus l’effort notable du studio pour renforcer l’univers du manga en insistant sur les différentes séries et manga que l’on rencontre au fil des épisodes. En effet, le 1er épisode s’ouvre ainsi sur un excellent opening de Superhero Legend (le manga de l’oncle de Mashiro) que l’on aurait aimé être l’opening de la série (on en reparlera plus bas), et dans l’épisode 6 on a le droit à un résumé assez détaillé du manga "Les 2 Terres" qui nous était resté assez mystérieux jusque là. Bref, des bonus très très sympa.

 Mais bon, on peut malheureusement contrebalancer cet aspect positif en parlant par exemple de l’animation assez pauvre, qui profite du fait que Bakuman soit très bavard pour se contenter d’animer à 80% des bouches et surtout pour nous montrer lors des plans larges des Takagi tous plus ratés les uns que les autres – de manière générale, les design des persos morflent dès qu’ils ne sont pas en gros plan – et des personnages qui marchent avec un balais dans le cul (sérieusement, il faut voir comment ils marchent !). Au rayon des défauts on pourra aussi citer l’opening à moitié à côté de la plaque, insistant sur l’aspect romantique du manga (du coup on a une belle chanson d’amour de boys band) avec de beaux plans fixes cache-misère.

 Au niveau sonore c’est correcte. Les voix sont bien choisies, même si certaines sont surprenantes (notamment Kaya et Hattori) et les musiques sont assez banales. Bref pour conclure sur l’anime, disons que c’est un produit dérivé de bonne facture, avec des qualités évidentes, mais comparé à des animes de qualité comme Durarara, FMA Brotherhood ou Gurren Lagann (bon d’accord, c’est des séries avec plus d’action), ça ne fait pas tout à fait le poids...

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Pour conclure, une jolie illustration couleur.

 Voilà, notre petit tout d’horizon de Bakuman est terminé. Alors certes, j’ai beaucoup craché dans la soupe, mais je tiens toutefois à rappeler que le succès de ce manga n’est pas usurpé, le duo mythique à l’origine de Death Note livre une nouvelle fois une œuvre de qualité et qui est elle aussi passionnante. On aurait tord de se priver quand on aime le nekketsu et qu’on s’intéresse de près ou de loin au monde des mangakas.

 Voir aussi : Fiche Manga Bakuman

Dossier rédigé par Arnonaud le : 19 / 11 / 10
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